Anti-HER2 et certains cancers du poumon

Une étude européenne, à paraître dans le Journal of Clinical Oncology (JCO),  suggère que les  thérapies ciblées anti-HER2 pourraient s'avérer utiles aussi dans le traitement de certains cancers du poumon.

Des mutations de HER2 ont été identifiées dans environ 2% des cancers du poumon non à petites cellules  mais il existait encore peu de données sur les caractéristiques des patients porteurs de ces mutations dans le cancer du poumon et sur leur évolution clinique.

Dans le cancer du sein, les tumeurs qui surexpriment HER2 sont de moins bon pronostic mais le développement de thérapies ciblées anti-HER2 a permis d'allonger la survie des femmes dans les formes mutées et donc de retrouver le pronostic des autres formes de cancers du sein.

Le Pr Julien Mazières du CHU de Toulouse et ses collègues de plusieurs hôpitaux français, suisses et espagnols rapportent la plus grande série de données rétrospectives sur le CBNPC HER2-muté.

Ils ont identifié 65 patients atteints d'un CBNPC et porteurs d'une mutation de HER2 (une insertion sur l'exon 20). La recherche de mutation a été faite auprès de 3.800 patients, ce qui donne une incidence de 1,7%.

 Il s'agissait de la mutation principale à l’exception d’un cas qui présentait une mutation sur KRAS concomitante.

La population ainsi identifiée avait un âge médian de 60 ans et comprenait une forte proportion de femmes (45 pour 20 hommes, 69%) et de non-fumeurs (52,3%). Toutes les tumeurs étaient des adénocarcinomes et la moitié étaient de stade IV au diagnostic.

Parmi les patients ayant un cancer métastatique au diagnostic, 33 ont eu une chimiothérapie conventionnelle (à base de dérivé du platine avec ou sans bévacizumab) et 22  ont reçu une thérapie ciblée anti-HER2 après le traitement conventionnel. Onze ont eu une réponse partielle, sept une stabilisation et quatre ont progressé, soit un taux de réponse globale de 50% et un taux de contrôle de la maladie de 82%.

Le  trastuzumab a induit un taux de contrôle de 93% (15 patients concernés et utilisé associé à une chimiothérapie) et l'afatinib (BIBW-2992, Boehringer Ingelheim) de 100% (trois patients et utlisé seul).

Aucune réponse n’a été observée avec le lapatinib donné à deux patient en monothérapies, ni avec le masatinib (AB Science) donné à un patient.

La survie sans progression pour les patients ayant eu une thérapie ciblant HER2 était de 5,1 mois. La survie médiane était de 89,6 mois pour les cancers de stade précoce et de 22,9 mois pour les stades IV.

Ces données renforcent l'importance de rechercher les mutations de HER2 dans les adénocarcinomes du poumon et suggèrent une efficacité potentielle pour des médicaments anti-HER2 dans cette population de patients. "Si ce bénéfice nécessite d'être confirmé dans un essai prospectif, nous espérons qu'avec ces données et d'autres déjà parues, le statut de HER2 sera pris en compte dans les décisions de traitement", commente le Pr Mazières, dans un communiqué de l'Asco.

Deux essais évaluant le trastuzumab dans le cancer du poumon sont actuellement en cours auprès de patients ayant une mutation de HER2, une amplification ou une surexpression, seul ou en association au carboplatine et au paclitaxel. De plus, le pertuzumab (Perjeta®, Roche), autre traitement anti-HER2, est en phase II dans le cancer du poumon déjà traité, indiquent les auteurs.

(Journal of Clinical Oncology, publication en ligne du 22 avril

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