Intérêt du gingembre en prévention des nausées et vomissements chimio-induits

Question évaluée : Évaluer l’efficacité du gingembre dans la réduction des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie (NVIC) chez des patientes traitées par un protocole de type « AC » (adriamycine-cyclophosphamide) pour un cancer du sein.

Type d’étude : Étude randomisée, en double aveugle, contrôlée, en cross-over

Méthode : Inclusion de patientes atteintes d’un cancer du sein, traitées par un protocole AC et ayant présenté des nausées modérées à sévères ou des vomissements lors de la première cure de chimiothérapie. Randomisation selon deux groupes de patientes, inversés en cours d’étude (cross over) :

  • le premier groupe est traité par des gélules de 500 mg de gingembre deux fois par jour (sachant qu’un gramme de poudre contient environ 3,25mg de 6-gingerol),
  • le deuxième groupe est traité par placebo (groupe contrôle).

Traitement (ou placebo) pendant les 5 premiers jours du cycle 2 (C2) et du cycle 3 (C3). Entre C2 et C3 : Cross over.

Toutes les participantes étaient traitées par ondansetron et dexamethasone en prévention des NVIC et de l’ondansetron, de la domperidone ou du metoclopramide étaient autorisés en traitement de secours. La sévérité des nausées était évaluée par la patiente à partir d’un score établi grâce à une échelle visuelle allant de 0 (pas de nausées) à 100 (nausées incoercibles). La sévérité des vomissements était évaluée par leur fréquence quotidienne. L’objectif principal de l’étude était la réduction du score de sévérité des nausées. Les objectifs secondaires étaient : une diminution de l’incidence des vomissements, du taux d’utilisation des antiémétiques de secours, de l’incidence des réductions de doses et décalage de chimiothérapie et une évaluation des effets indésirables.

Résultats : Inclusion de 34 patients (n=19 patients dans le groupe traité et n=15 dans le groupe contrôle à C2). Sur l’objectif principal pas de différence significative du score maximal moyen des nausées (respectivement 35,36 et 32,17 pour le groupe traité et placebo ; p=0,3).

Résultats des objectifs secondaires : Sur les objectifs secondaires, aucune différence significative de l’incidence des vomissements (respectivement 26% et 29% pour le groupe gingembre et contrôle ; p=0,5), du taux d’utilisation des antiémétiques de secours et de l’incidence des effets indésirables.

Points forts :

  • étude en double aveugle, cross-over, randomisée, analyse en intention de traiter,
  • utilisation d’une produit pharmaceutique et non d’un complément alimentaire avec une teneur en 6-gingerol connue (dosage HPLC) et conforme à la pharmacopée américaine,
  • le biais engendré par l’utilisation d’une échelle analogique/évaluation par le patient lui-même est corrigé en théorie par le design en cross-over.

Points faibles : le score maximal moyen des NVIC chez les patientes traitées par placebo a été estimé à 60, et le nombre de patients à inclure en découle. Or l’étude a montré que ce score est d’environ 30 dans leur population. Les conclusions de cette étude ne sont possible que pour la population répondant aux critères d'inclusion.

Conclusion/Implications en pratique : Cette étude n’a pas permis de montrer de bénéfice quant à l’administration de gingembre dans la prévention des NVIC lors d’une chimiothérapie de type AC. Étant donné les études contradictoires concernant l’utilisation du gingembre dans les NVIC, il est encore très difficile de pouvoir clairement conclure à une efficacité (ou non-efficacité) de ce produit dans cette indication.

Rédigé par Coralie BOULANGER et Pierre COLIAT

D’après Thamlikitkul L et al. : Efficacy of ginger for prophylaxis of chemotherapy-induced nausea and vomiting in breast cancer patient receiving Adriamycin-cyclophosphamide regimen: a randomized, double-blind, placebo-controlled, crossover study. Support Care Cancer 2016. Publication avancée en ligne le 6 octobre. DOI: 10.1007/s00520-016-3423-8

 

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