Question évaluée : la question du temps d’administration des médicaments anticancéreux est discutée au regard des paramètres liés à la molécule et au volume administré mais également, virage ambulatoire oblige, aux contraintes organisationnelles des services de type « hôpital de jour ». En d’autres termes, il est toujours intéressant de réduire la durée d’administration des chimiothérapies tant que la sécurité du patient est garantie. Parmi les anticorps monoclonaux utilisés en cancérologie, des travaux ont permis par exemple de réduire la durée d’administration du bevacizumab ou de l’ipilimumab. L’étude présentée ici pose la question de la durée d’administration du nivolumab, actuellement de 60 minutes.

Type d’étude : analyse rétrospective sur la base des données de l’étude CheckMate 153 (nivolumab dans le traitement du cancer bronchique pré-traité)

Méthode : amendement au protocole en cours d’essai avec diminution de la durée d’administration de 60 à 30 minutes. L’objectif principal était le taux de réactions d’hypersensibilité (RHS) de grade 3-5. Les objectifs secondaires étaient en lien avec le taux d’évènements indésirables (EI) et l’utilisation associée de traitements immuno-modulateurs.

Résultats : Au total 737 patients ont été inclus dans l’analyse rétrospective (respectivement n=369 dans le groupe 30 min et n=368 dans le groupe 60 min). Les données démographiques entre les deux groupes (âge, sexe, état général, paramètres oncologiques et traitements précédents) ne différaient pas significativement. N=18 patients ont présenté une RHS (dont 3 de grade >2) dans le groupe « 30 min » n=15 (dont 4 de grade 2) dans le groupe « 60 min ». Parmi les autres EI la fatigue était retrouvée dans 18% et 15% des cas, respectivement dans les groupes « 30 min » et « 60 min ». Il y avait par ailleurs plus de diarrhées (10% vs. 5%) dans le groupe « 30 min » et un taux de nausées comparable (8% vs. 7%).

S’agissant de l’exposition du patient au nivolumab, l’utilisation d’un modèle de pharmacocinétique de population a permis de prédire une concentration max de 58,5 µg/L après la première dose et de 128 µg/mL à l’état d’équilibre pour les deux groupes. Ces données étaient cohérentes avec la longue demi-vie du nivolumab (25 jours).

Points forts :

  • Cette étude intègre à la fois des données de tolérance et d’exposition,
  • Le nombre de patients est important.

Points faibles :

  • Etude rétrospective et en cours d’essai, les données de survie sont incomplètes et déséquilibrées,
  • Pas d’analyse statistique et donc uniquement des tendances.

Conclusion/Implications en pratique : Cette étude valide la faisabilité d’administrer le nivolumab en 30 minutes. Cela représente un réel intérêt pour la diminution du temps de présence dans la mesure où ces molécules sont administrées en monothérapie. En théorie ces données ne sont applicables qu’aux patients traités pour un cancer bronchique mais il semble légitime d’extrapoler au moins aux patients traités pour un mélanome métastatique.

Rédigé par Florian SLIMANO

Waterhouse et al.: Safety profil of nivolumab administered as 30-min infusion: analysis of data from CheckMate 153. Cancer Chemother Pharmacol 2018; 81(4): 679-86.