Les cancérologues inquiets sur les inégalités d’accès aux médicaments innovants en France

L’accès aux médicaments innovants sera l’un des sujets débattus lors des cinquièmes Rencontres de la cancérologie française qui se tiendront à Lyon les mardi 27 et mercredi 28 novembre
sur le thème des enjeux des développements en cancérologie et sous la présidence du Pr Véronique Trillet-Lenoir (Hospices civils de Lyon -HCL), alors qu’un nouveau Plan cancer devrait se préparer.
Lors d’une conférence de presse d’annonce des Rencontres de la cancérologie française,
des représentants de la cancérologie française ont manifesté leur inquiétude sur des inégalités d’accès aux médicaments innovants en France pour les patients atteints de cancer,
L’une des sessions plénières portera sur l’accès aux molécules innovantes ou en dehors de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) et la médecine personnalisée, sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Le Pr Josy Reiffers, président de la Fédération française des centres de lutte contre le cancer, (FNCLCC), s’est dit inquiet des nouvelles dispositions qui vont rendre l’accès aux thérapies innovantes plus difficile et qui devraient renforcer les inégalités d’accès rencontrées aujourd’hui.
Ces inégalités concernent des traitements non remboursés. "Cela commence à être dramatique avec des inégalités selon l’établissement [où le patient est pris en charge] mais même dans un même établissement selon le site", a-t-il ajouté.
"Certaines innovations sont difficiles d’accès car non remboursées alors même qu’elles peuvent conduire à des économies", a-t-il regretté, citant des tests complémentaires susceptibles d’éviter des traitements inutiles qui restent néanmoins non remboursés, ou encore le traitement des métastases pulmonaires par radiofréquences qui évite d’ouvrir le thorax.
"En l’absence de tarif, ce sont les Migac [missions d’intérêt général et d’aides à la contractualisation] qui financent mais cela relève de la colonne AC [aides à la contractualisation] qui est la cible de plus d’économies et nous sommes très inquiets là-dessus". Cela dépend des possibilités budgétaires des agences régionales de santé (ARS) et de celles de l’établissement, d’où les inégalités territoriales et entre établissements.
Plusieurs médicaments posent des difficultés actuellement. Ils ont reçu une AMM européenne et ne sont donc plus disponibles dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Dans l’attente de l’obtention d’un prix de remboursement, les établissements ne peuvent pas les facturer hors GHS et le "bras de fer entre les laboratoires et l’Etat" pour négocier le prix peut être long, ont indiqué les cancérologues.
Ainsi, dans le traitement du mélanome, "l’ipilimumab [Yervoy®, BMS] n’a pas encore de prix de remboursement fixé et est inaccessible à la quasi-totalité des établissements ».
D’autres spécialités sont dans le même cas comme Javlor® (vinflunine, Pierre Fabre) dans le cancer de la vessie, sorti de la liste T2A en mars, Yondelis® (trabectédine, Pharmamar) dans les sarcomes (il est remboursé dans le cancer de l’ovaire) ou encore Jevtana® (cabazitaxel, Sanofi) dans le cancer de la prostate, a précisé à l’APM le Pr Pierre Fumoleau, directeur du Centre Georges-François Leclerc de Dijon.
Cela va plus vite pour les produits administrés par voie orale comme pour l’abiratérone (Zytiga®, Janssen, groupe Johnson & Johnson) qui a obtenu récemment son inscription au remboursement dans le cancer de la prostate.
Plus généralement, "se pose la question du financement des établissements de santé prenant en charge la maladie cancéreuse car les progrès de la recherche modifient la prise en charge de façon colossale avec beaucoup plus d’ambulatoire. Or le financement des établissements repose sur des séjours et la réactivité par rapport à l’innovation est extrêmement faible", a estimé le Pr Reiffers. "Je me demande si la T2A [tarification à l’activité] n’a pas atteint ses limites", a-t-il déclaré.
Le coût des thérapies innovantes et l’accès à ces traitements devront être "une priorité des priorités du prochain Plan cancer" qui a été annoncé, a estimé le Pr Trillet-Lenoir.
Pour le Dr Bernard Couderc, président de l’Union nationale hospitalière privée de cancérologie (UNHPC) et du Conseil national de cancérologie, avoir un nouveau Plan cancer est "une chance mais aussi une responsabilité". Il faudra poursuivre la lutte contre les inégalités et les réseaux régionaux et de territoire seront un atout pour y parvenir, a-t-il ajouté.

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