Lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires : une origine infectieuse ?

Question évaluée : Le nombre de cas rapportés de lymphomes anaplasiques à grandes cellules chez les femmes porteuses d’implants mammaires (LAGC-AIM) a augmenté ces dernières années. Le lien entre implants mammaires et survenue du LAGC-AIM est aujourd’hui clairement établi. La présente étude a pour but la recherche d’un biofilm à la surface des implants mammaires incriminés. Les espèces bactériennes le constituant sont ensuite caractérisées afin de les comparer avec la flore retrouvée sur les implants mammaires incriminés dans les cas de contractures capsulaires (CC).

Type d’étude : Etude bactériologique prospective comparative des prothèses mammaires associées aux cas de LAGC et de celles responsables de CC.

Méthode :

- Patientes atteintes de LAGC-AIM et de CC ;
- Collecte des différentes prothèses explantées ; recherche de biofilm, estimation de la charge    bactérienne et caractérisation des espèces bactériennes en présence via des techniques de biologie moléculaire (PCR, pyroséquençage, FISH) ;
- Observation de la surface des implants en microscopie électronique à balayage (MEB).

Résultats :

  • Recueil prospectif de 26 implants (n=22 patientes) de patientes atteintes de LAGC-AIM plus 3 implants controlatéraux sur 4 centres, et de 62 implants (n=62 patientes) de patientes atteintes de CC de haut grade sur 6 centres pendant 5 ans,
  • Charge bactérienne : supérieure (p=0,035) dans les cas de LAGC et CC par rapport aux implants controlatéraux. Pas de différence entre les populations LAGC et CC.
  • Nature des bactéries :
    • Prédominance de Ralstonia spp. sur les implants associés aux LAGC (p<0,05)
    • Prédominance de Staphylococcus spp. sur les implants associés aux CC (p<0,001)
  • MEB : visualisation d’un biofilm et de cellules lymphomateuses sur les implants associés aux LAGC et d’un biofilm sur les implants associés aux CC.

Points forts : Cette étude est la première à rechercher un biofilm sur les implants mammaires associés aux LAGC et à caractériser les espèces bactériennes le constituant. Pour la première fois, l’hypothèse d’une étiologie infectieuse est avancée pour expliquer la survenue de cette forme rare de lymphome.

Points faibles :

  • Ralstonia spp. non retrouvée en surface de la moitié des implants associés au LAGC (9/19). Ce point n’est pas discuté par les auteurs.
  • Biofilm étudié sur un nombre réduit d’implants associés aux CC (12/62) sans justification des auteurs, avec dans certains cas la présence de Ralstonia spp.
  • Les périodes et lieux de recueil des prothèses ne sont pas détaillés de même que la flore locale, notamment Ralstonia spp., des lieux d’interventions.
  • Le prétraitement des échantillons biologiques collectés (matériel tumoral non frais ; recherche du biofilm appliquée à une portion limitée de tissu).

Conclusion: Cette étude démontre la présence quasi systématique de colonisation bactérienne sur les prothèses mammaires. Ce biofilm a un rôle avéré dans la survenue de contractures capsulaires ou de lymphomes anaplasiques à grandes cellules. Bien quel ne soit ni nécessaire ni suffisante, la mise en évidence de Ralstonia spp. implique, selon les auteurs, le besoin de développer et diffuser une stratégie de prévention concernant la colonisation bactérienne de tels implants. Plus globalement, la raison expliquant le développement du biofilm et le type de bactérie impliqué doit être explorée.

Rédigé par Jean-Baptiste Pain & Lionel Tortolano

D’après Hu et al.: Bacterial Biofilm Infection Detected in Breast Implant-Associated Anaplastic Large-Cell Lymphoma. Plast Reconstr Surg, 2016 Jun;137(6):1659-69

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