Question évaluée : Le traitement de maintenance d’une leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) par 6-mercaptopurine (6-MP) s’accompagne de contraintes liées à l’administration : le soir, à distance de la prise de nourriture et de produits laitiers, sans écraser ou mâcher les comprimés. Ce travail étudie l’association entre les habitudes de prise de 6-MP, l’observance au traitement, les taux de thioguanine nucléotide (TGN) censés refléter l’exposition du patient à la 6-MP et le risque de rechute de la LAL.

Type d’étude : Étude observationnelle prospective longitudinale.

Méthode : Enfants de moins de 21 ans recevant en maintenance 6-MP (75 mg/m²/jour). L’observance était mesurée par le Medication Event Monitoring System (MEMS) et une inobservance correspondait à un score du MEMS < 95%. Les autres données recueillies étaient la mesure mensuelle des taux de TGN, et la notification par questionnaire des habitudes de prise de 6-MP : prise pendant ou en dehors des repas, avec ou sans produits laitiers, comprimés avalés entiers ou après écrasement/mâchage.

Résultats : La cohorte comptait 441 patients âgés en moyenne de 6 ans [2-20] et majoritairement masculins (67%). L’âge > 12 ans était un facteur prédictif de prise de 6-MP avec de la nourriture (21% des enfants) alors que la prise de 6-MP écrasé ou mâché concernait significativement plus les enfants < 12 an (et 33% de la cohorte). Quinze pourcent des enfants prenaient 6-MP avec des produits laitiers et 9% prenaient 6-MP à un autre moment que le soir, sans facteurs prédictifs identifiés pour ces deux habitudes.

Le MEMS a rapporté que 43,8% des enfants étaient inobservants : cela concernait statistiquement 1,9 fois plus les enfants consommant 6-MP avec des produits laitiers (p<0,003) ou 3,4 fois plus les enfants prenant 6-MP sans horaire fixe (p<0,001).

Les taux de TGN selon les différentes habitudes de prise sont comparables. De même, le taux de rechute à 5 ans (8,6±1,4%) ne montre aucun sous-groupe significativement à risque de rechute parmi les groupes ayant des habitudes de prise en dehors des recommandations. Ces observations sont confirmées en analyse multivariée.

Points forts : étude prospective avec une méthode validée de mesure d’observance.

Points faibles : les auteurs n’expliquent pas les divergences avec d’autres études similaires et concluent au lien entre contraintes d’administration et proportion d’enfants inobservants. Le caractère non-comparatif de l’étude est une faiblesse sur ce point. De même, les auteurs n’ont pas comparé les taux de TGN et de rechute entre les groupes observants et inobservants.

Conclusion/Implications en pratique : cette étude met en avant les contraintes associées à la prise de 6-MP et à l’absence de conséquence en pratique sur l’exposition au 6-MP et sur le risque de rechute. Ces résultats sont divergents avec d’autres études. En pratique, les auteurs plaident pour un assouplissement des contraintes de prise de 6-MP en posant l’hypothèse d’une amélioration associée de l’observance (ce qui ne peut être formellement démontré en l‘état). En revanche les conditions d’administration du 6-MP ont été établies sur la base d'anciennes études pharmacocinétique de faibles cohortes. La conduite d’études plus récentes est une piste de réflexion pour rediscuter les modalités d’administration de 6-MP.

Rédigé par Florian SLIMANO

D’après Landier W et al.: Mercaptopurine Ingestin Habits, Red Cell Thioguanine Nucleotide Levels, and Relapse Risk in children With Acute Lymphoblastic Leukemia: A Report From the Children’s Oncology Groupe Study ALL03N1. J Clin Oncol, 2017. Publication avancée en ligne le 24 mars 2017. DOI: 10.1200/JCO.2016.71.7579.